Force est de constater que je n'ai pas été très actif sur ce blog dernièrement. Les raisons à cela sont multiples, et aucune n'est suffisante pour expliquer mon manque de communication. Néanmoins, j'avais écrit ce billet il y a deux semaines, après une discussion avec un collègue de l'association PUP. Sur le coup, j'ai trouvé ce message trop déprimé(ant) pour le publier, mais après cette constatation sur mon manque de « fidélité », vous auriez peut-être des choses à me raconter sur cette façon de penser. Donc voici ce billet en retard, il y en aura d'autres d'ici ce soir.


Qu'est-ce qui différencie le parfait inconnu de la connaissance et de l'ami ? C'est la question que je me pose en ce moment, parce que je me rends compte qu'après 6 mois passés ici, je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup d'amis, ou alors pas au sens où je le conçois.

Je me pose cette question suite à une conversation qui a eu lieu ce soir à la sortie de San Quentin avec deux de mes collègues de l'association. La question était a l'origine de savoir comment je me sentais après 6 mois passés aux États-Unis. Ma réponse se borna à dire que ça allait, mais que je me trouvais un peu en manque d'amis. Entendant cela, l'un d'entre eux me propose alors d'aller à une soirée d'anniversaire où, dit-il, j'aurais eu autant à manger que chez moi, mais avec des amis en plus.

J'ai décliné la proposition parce qu'il m'eût paru étrange de me trouver à la soirée d'anniversaire d'une personne que je ne connais pas. De plus, je ne m'estime pas comme un être suffisamment exceptionnel pour que, me trouvant au milieu d'un tas d'inconnus qui ont tous un intérêt certain les uns pour les autres mais aucun pour ma pomme, je m'impose à leur conversation en disant : « Eh les gars, je suis un type trop bien, vous avez envie de me connaitre ! »

Mais cette phrase m'a sacrément titillé le cortex. S'il est évident que je n'eusse pas trouvé le moindre ami à cette soirée, et qu'il m'eût été difficile d'allonger la liste de mes connaissances, ça a généré cette réflexion dans ma pauvre cervelle (un peu agitée dernièrement, il faut bien l'admettre).

Donc, par quel processus passe-t-on du statut de parfait inconnu au statut de connaissance ou d'ami chez le Hibou ? Et qu'est-ce qui définit lesdits statuts ?

Alors pour les connaissances, dans mon esprit, c'est facile, c'est une personne qui a été introduite et réciproquement. J'ai l'impression que votre serviteur n'a que deux modes pour ça : soit par une introduction via une autre connaissance, au cours d'une soirée où l'on n'a pas été invité par exemple, soit par la force des choses, au cours de fréquentations régulières d'un même lieu (boulot, enseignement en prison, planche à voile...). Je me demande quels sont les divers protocoles observés par les gens un peu moins parasociaux que moi. À part ça, on fait quoi avec une connaissance ? On discute, on va boire un verre, et plus si affinités...

Sauf que j'ai l'impression que ça ne marche pas si bien ici. J'ai souvent constaté qu'une personne « introduite » (parfois à plusieurs reprises) m'oubliait d'une semaine sur l'autre. L'américain moyen a-t-il une mémoire de poisson rouge ? Ou est-il juste embarrassé de ne pas se rappeler du prénom exotique de ce foutu type chauve ?(1) Toujours est-il que le statut de connaissance s'en trouve fortement perturbé puisque la réciproque évoquée dans la première phrase du paragraphe précédent semble compromise... Ce qui compromet aussi la suite (le « et plus si affinités »).

Moralité, j'ai l'impression que l'énergie d'activation pour se faire des amis ici est plus grande... Ou alors, c'est tout simplement qu'un adulte dans le vrai monde (i.e. pas dans le cadre « serré » des études en école) a autre chose à foutre que de se rappeler de tous les inconnus qui lui ont un jour adressé la parole et dont il est sensé connaitre le prénom (et vice versa).

Car ce « et plus si affinités » est, me semble-t-il, le début de ce qui mène vers l'amitié. Un ami c'est une connaissance avec qui j'ai des affinités. Pour du cinéma, de la BD, des sujets de conversation, des activités sportives etc. Chez le Hibou, l'appartenance au même environnement de travail peu diminuer l'effet de ces affinités. Il y a par exemple dans mon labo une personne avec qui j'aime beaucoup discuter, faire des jeux de plateau et randonner, mais que je n'arrive pas encore à inviter « comme ça », parce que je trouve que je la vois suffisamment par ailleurs. Le passage de la connaissance à l'ami est donc assez flou et requiert plus ou moins de temps.

Et sinon, on fait quoi avec des amis chez un breton exilé ? Bah on pratique les activités suscitées(2) avec la satisfaction de pouvoir échanger nos points de vue sur une même expérience, ce qui est toujours agréable. Quand on est un bon ami (ce qui n'est pas mon cas vu que je ne communique que très peu hors de ce blog), on communique aussi pour partager les expériences non vécues en commun... Et puis parfois, il y a un peu plus que tout ça, mais je ne saurais pas le définir, et puis ça met du temps à se sentir.

(1) auquel cas, je ne saurais le blâmer, il m'est bien arrivé de ne pas me rappeler du prénom d'une personne chez qui j'avais dîné... Je n'ai pas évité la conversation pour autant ceci dit...

(2) quand on peut, c'est à dire quand on ne se trouve pas à 9000 bornes les uns des autres

Edit : Bon, en fait je vais publier mes deux autres billets dans le courant de la semaine pour ne pas passer de l'absence de blog à la saturation... Mais ne vous inquiétez pas, lesdits billets sont écrits !