Billet en retard...
Par CoucouHibou le jeudi 4 juin 2009, 08:46 - Impressions - Lien permanent
Force est de constater que je n'ai pas été très actif sur ce blog dernièrement. Les raisons à cela sont multiples, et aucune n'est suffisante pour expliquer mon manque de communication. Néanmoins, j'avais écrit ce billet il y a deux semaines, après une discussion avec un collègue de l'association PUP. Sur le coup, j'ai trouvé ce message trop déprimé(ant) pour le publier, mais après cette constatation sur mon manque de « fidélité », vous auriez peut-être des choses à me raconter sur cette façon de penser. Donc voici ce billet en retard, il y en aura d'autres d'ici ce soir.
Qu'est-ce qui différencie le parfait inconnu de la connaissance et de l'ami ? C'est la question que je me pose en ce moment, parce que je me rends compte qu'après 6 mois passés ici, je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup d'amis, ou alors pas au sens où je le conçois.
Je me pose cette question suite à une conversation qui a eu lieu ce soir à la sortie de San Quentin avec deux de mes collègues de l'association. La question était a l'origine de savoir comment je me sentais après 6 mois passés aux États-Unis. Ma réponse se borna à dire que ça allait, mais que je me trouvais un peu en manque d'amis. Entendant cela, l'un d'entre eux me propose alors d'aller à une soirée d'anniversaire où, dit-il, j'aurais eu autant à manger que chez moi, mais avec des amis en plus.
J'ai décliné la proposition parce qu'il m'eût paru étrange de me trouver à la soirée d'anniversaire d'une personne que je ne connais pas. De plus, je ne m'estime pas comme un être suffisamment exceptionnel pour que, me trouvant au milieu d'un tas d'inconnus qui ont tous un intérêt certain les uns pour les autres mais aucun pour ma pomme, je m'impose à leur conversation en disant : « Eh les gars, je suis un type trop bien, vous avez envie de me connaitre ! »
Mais cette phrase m'a sacrément titillé le cortex. S'il est évident que je n'eusse pas trouvé le moindre ami à cette soirée, et qu'il m'eût été difficile d'allonger la liste de mes connaissances, ça a généré cette réflexion dans ma pauvre cervelle (un peu agitée dernièrement, il faut bien l'admettre).
Donc, par quel processus passe-t-on du statut de parfait inconnu au statut de connaissance ou d'ami chez le Hibou ? Et qu'est-ce qui définit lesdits statuts ?
Alors pour les connaissances, dans mon esprit, c'est facile, c'est une personne qui a été introduite et réciproquement. J'ai l'impression que votre serviteur n'a que deux modes pour ça : soit par une introduction via une autre connaissance, au cours d'une soirée où l'on n'a pas été invité par exemple, soit par la force des choses, au cours de fréquentations régulières d'un même lieu (boulot, enseignement en prison, planche à voile...). Je me demande quels sont les divers protocoles observés par les gens un peu moins parasociaux que moi. À part ça, on fait quoi avec une connaissance ? On discute, on va boire un verre, et plus si affinités...
Sauf que j'ai l'impression que ça ne marche pas si bien ici. J'ai souvent constaté qu'une personne « introduite » (parfois à plusieurs reprises) m'oubliait d'une semaine sur l'autre. L'américain moyen a-t-il une mémoire de poisson rouge ? Ou est-il juste embarrassé de ne pas se rappeler du prénom exotique de ce foutu type chauve ?(1) Toujours est-il que le statut de connaissance s'en trouve fortement perturbé puisque la réciproque évoquée dans la première phrase du paragraphe précédent semble compromise... Ce qui compromet aussi la suite (le « et plus si affinités »).
Moralité, j'ai l'impression que l'énergie d'activation pour se faire des amis ici est plus grande... Ou alors, c'est tout simplement qu'un adulte dans le vrai monde (i.e. pas dans le cadre « serré » des études en école) a autre chose à foutre que de se rappeler de tous les inconnus qui lui ont un jour adressé la parole et dont il est sensé connaitre le prénom (et vice versa).
Car ce « et plus si affinités » est, me semble-t-il, le début de ce qui mène vers l'amitié. Un ami c'est une connaissance avec qui j'ai des affinités. Pour du cinéma, de la BD, des sujets de conversation, des activités sportives etc. Chez le Hibou, l'appartenance au même environnement de travail peu diminuer l'effet de ces affinités. Il y a par exemple dans mon labo une personne avec qui j'aime beaucoup discuter, faire des jeux de plateau et randonner, mais que je n'arrive pas encore à inviter « comme ça », parce que je trouve que je la vois suffisamment par ailleurs. Le passage de la connaissance à l'ami est donc assez flou et requiert plus ou moins de temps.
Et sinon, on fait quoi avec des amis chez un breton exilé ? Bah on pratique les activités suscitées(2) avec la satisfaction de pouvoir échanger nos points de vue sur une même expérience, ce qui est toujours agréable. Quand on est un bon ami (ce qui n'est pas mon cas vu que je ne communique que très peu hors de ce blog), on communique aussi pour partager les expériences non vécues en commun... Et puis parfois, il y a un peu plus que tout ça, mais je ne saurais pas le définir, et puis ça met du temps à se sentir.
(1) auquel cas, je ne saurais le blâmer, il m'est bien arrivé de ne pas me rappeler du prénom d'une personne chez qui j'avais dîné... Je n'ai pas évité la conversation pour autant ceci dit...
(2) quand on peut, c'est à dire quand on ne se trouve pas à 9000 bornes les uns des autres
Edit : Bon, en fait je vais publier mes deux autres billets dans le courant de la semaine pour ne pas passer de l'absence de blog à la saturation... Mais ne vous inquiétez pas, lesdits billets sont écrits !
Commentaires
Dès que j'ai mon permis je passe te voir comme tu le sais. Je te jure qu'il me tarde de l'avoir.
Tu sais les vrais amis ça se compte sur les doigts de la main. C'est pareil pour tout le monde. Les autres se sont des connaissances avec qui tu partages plus ou moins d'affinité. Faut se juste laisser porter par sa curiosité et la découverte ...
Laisse les t'inviter à leur soirée ou anniversaire . Tu ne vas pas poser d'incident diplomatique. Vu que c'est la personne intéressée qui t'invite .
Il y a une émission que je regarde en ce moment c'est "J'irai dormir chez vous" . tu peux voir des épisodes sur Dailymotion. Cela t'enlève pas mal de complexes par rapport à la rencontre.
@+ et porte toi bien !
De la part d'un ami de + 20 ans (je faisis le calcul dernièrement avec Pierrot ... putain ça fait un baille)
PS : Je lui ai foutu une branlée à Mario Kart. Bien fait pour lui. J'ai dormi sur la béquille toute la nuit tellement j'étais fier.
Bonne analyse !... Des copains qui ont passé du temps aux Etats-Unis ont trouvé comme toi qu'il est plus facile de nouer contact avec des gens là-bas qu'en France mais que ça ne vas souvent pas beaucoup plus loin, car ils pouvaient être oubliés le lendemain.
Autrement, pas plus d'idées pour savoir comment faire évoluer en amités des connaissances... Le monde est bien compliqué !
En tout cas, le thème du poste m'oriente vers cette dernière formule de fin de préfèrence à d'autre : amitiés.
(et en plus tu nous manquais pour comme 6e joueur de la partie de jeu de plateau qu'on a fait ce week-end !)
À y bien réfléchir, on peut diviser l'humanité en quatre grandes catégories qu'on a plus ou moins le temps d'aimer. Les amis. Les copains. Les relations. Les gens qu'on ne connait pas.
Les Amis se comptent sur les doigts de la main du baron Empain, voire de Django Reinhardt, pour les plus misanthropes. Ils sont extrêment rares et précieux. On peut faire du vélo avec eux sans parler pendant que le soir tombe négligemment sur les champs de blé, et on n'a même pas mal dans les jambes dans les côtes. (...)
Les Copains se comptent sur les doigts de la déesse Vishnou qui pouvait faire la vaisselle en applaudissant le crépuscule. Ils déçoivent peu car on en attend moins, mais c'est quand même important qu'ils pensent au saucisson quand le temps se remet aux déjeuners sur l'herbe et qu'ils viennent se serrer un peu pour faire chaud quand le petit chat est mort, ou pour faire des révérences à l'enfant nouveau. Les bons copains se comprennent à demi-mot. Il règne entre eux une complicité de tireurs de sonnettes qu'entretient parfois l'expérience du frisson.(...)
Les Relations se comptent sur les doigts des choeurs de l'Armée rouge. Mais on sera bien venu de n'entretenir que les bonnes, celles sur lesquelles on peut s'appuyer sans risquer de tomber par terre.
Quand on n'a pas de glaïeuls, certaines relations peuvent faire très joli dans les soirées mondaines, à condition qu'elles soient célèbres ou stigmatisées de la Légion d'honneur. Il suffit alors de les appeler coco et de les embrasser gaiement, comme si on les aimait, et comme cela se fait dans mon milieu. Le commun ne manquera pas de s'esbaudir.(...)
Les Gens Qu'on Ne Connaît Pas, les doigts nous manquent pour les compter. D'ailleurs, ils ne comptent pas. Il peut bien s'en massacrer, s'en engloutir, s'en génocider des milles et des cents chaque jour que Dieu fait (avec la rigueur et la grande bonté qui l'ont rendu célèbre jusqu'à Lambaréné), il peut bien s'en tronçonner des wagons entiers, les gens qu'on ne connaît pas, on s'en fout.(...)
http://pagesperso-orange.fr/vincent... pour le texte complet.
C''est aussi beaucoup plus facile de faire des rencontres quand on fait déjà partie d'un groupe, puisque chaque élément du groupe amène de nouvelles têtes et les présente aux autres. Quand on se retrouve tout seul à l'étranger, les gens n'ont pas besoin de vous, et une personne seule n'est pas socialement très attractive.