En partant de Lyon, on m'avait dit que dans mon nouveau labo, je commencerais par construire mon matériel avant de commencer à faire des expériences. Comme j'ai été engagé sur un projet plutôt théorique, je ne m'en suis pas vraiment inquiété au premier abord. En arrivant ici, il m'a d'abord fallu comprendre sur quoi je travaillerais, quels objectifs je voulais atteindre etc. Bref des choses auxquelles j'étais plutôt habituées, avec en plus la composante "dire quoi faire" à un, puis deux étudiants (le 3e étant celui qui a mis en place les expériences préliminaires, il en sait plus que moi et n'a pas vraiment besoin d'être "dirigé" pour l'instant).

Mais quand il s'agit de passer à la pratique, les choses se compliquent un petit peu. Car si à Lyon je travaillais surtout sur le développement et la compréhension de méthodes impulsionnelles (autrement dit, comment programmer la machine pour que ça marche), ici, avant de faire mumuse avec de la programmation, il me faut développer un montage qui va permettre d'observer et de manipuler un signal (grâce au parahydrogène), et ce en l'absence totale de champ magnétique (cette fois, un certain concombre peut bien me traiter de mauviette, même s'il se goure sur les chiffres).

Donc il faut construire tout ça, le tout en donnant des instructions à des étudiants qui n'attendent que ça, tout en coordonnant le tout pour que, d'ici deux semaines, on arrive à avoir une plomberie pour gaz inflammables fonctionnelle, mobile et adaptable sur un spectromètre à haut champ "classique" comme sur un magnétomètre, caché par un bouclier magnétique. Ce dernier servant à masquer le champ de notre chère planète qui fait rien qu'à narguer les physiciens qui peinent à faire fonctionner leur expérience VKS (qui doit être un autre ordre de grandeur de complexité expérimentale, soit dit en passant).

Alors autant vous dire que, après avoir passé 4 ans à considérer que les outils que j'utilisais étaient assez compliqués et donc construits par une entreprise spécialisée, et n'ayant utilisé que la plomberie se limitant à l'air comprimé nécessaire pour faire tourner mes échantillons, j'ai eu un petit coup de stress la semaine dernière quand il s'est agit de donner des instructions alors que je ne savais moi-même pas très bien où j'allais...

Mais, si je stressais parce que je ne savais pas les diriger, c'est grâce à mes étudiants que j'ai pu me familiariser cette semaine avec les systèmes internes au département de chimie pour la fabrication ou la commande de pièces compliquées (comme un corps de sonde par exemple, ou un panneau fonctionnel pour monter de la plomberie pour propylène et hydrogène, sans que le tout ne risque de me péter à la figure). Nous avons donc bien avancé les plans de notre montage et j'espère qu'on aura tout construit à temps pour notre créneau expérimental. Au final, j'ai un peu stressé, mais je travaille quand même avec des gens chouettes, et en plus j'apprends des choses... Je sers la science et c'est ma joie !