Lorsqu'on lit les guides sur la vallée de la mort, on voit beaucoup de
choses sur les splendides lever et coucher de soleil à Zabriskie Point, Dante's
view ou encore aux dunes de sable de Stovepipe Wells (là où nous logions)...
Pour ce premier jour, nous décidâmes que, puisqu'il fallait de toutes façons se
déplacer jusqu'au centre d'information près de Zabriskie point afin de payer
notre dû aux rangers, nous verrions le soleil se lever de ce lieu fort prisé (à
tel point qu'il a donné son nom à un film, qui a lui même donné son nom à un
groupe de punk intello Nantais, dont le chanteur a fini par faire un bouquin,
puis un film, sur l'enseignement dans un collège difficile, ce dernier point
n'ayant rien à voir avec la choucroute, je crois qu'il est temps de fermer
cette parenthèse).
Estimant l'heure du lever de soleil à la louche et à 7h30, nous nous levâmes
à 6h30, afin de prendre un petit déjeune succin et froid, composé de pain, de
jambon, de confiture de fraise et d'eau, puis nous ripâmes nos galoches vers
les badlands colorés de Zabriskie point. Là nous constatâmes avec amertume
que :
1) le soleil était sur le point de se lever, soit 1/2 heure plus tôt que ce
que je pensais 2) on ne serait pas à Zabriskie point avant 3/4 d'heure...
Autant pour le lever de soleil...
Malgré ça, notre vision de ces terrains ravinés par les douches printanières
(qui semblent rares, certes, mais franchement violentes à en juger par le
nombre de "flash floodable area" que nous avons vus) sous le soleil matinal
n'était quand même pas dégueulasse...

Je tiens à préciser que les quelques photos que nous avons prises de cet
endroit se firent au prix d'une attente dans le froid, parce que Sa Majesté
l'Astre du Jour se prélassait mollement derrière un nuage...
Une fois nos yeux satisfait de tant de beauté minérale, il était temps de se
bouger vers le centre d'information pour payer le droit d'entrée du parc et
tenter de trouver des cartes topographiques pour randonner pépère dans le
Golden Canyon. Ce qui fût dit fût fait, mais en guise de carte topo, nous
n'avions rien de plus que ce que nous avions déjà, et la rangeuse de service
nous a même précisé que, de toutes façons, il n'y avait pas de chemins, ou peu,
dans la vallée... En gros, "c'est un coin pour touristes, dans lequel il est
dangereux de randonner en été de surcroît, alors on ne va pas s'emmerder à
faire des pistes qui ne servent à rien... - Oui, mais le Gower Gulch loop
indiqué par le guide dans le Golden Canyon là ? - Débrouillez-vous, de
toutes façons vous pouvez aller où bon vous semble."
Si j'avais lu un peu plus attentivement le guide donné par le centre d'info,
il m'eût été facile de voir que le "loop" dont il était question pouvait aussi
se prendre de Zabriskie point, et que cette info était cruciale pour connaître
la bonne direction à prendre... Nous voilà donc partis dans le Golden Canyon,
fort joli au demeurant, sensé déboucher d'un côté sur une randonnée de 4 miles
en boucle, de l'autre sur une formation géologique appelée Red Cathedral...

Seulement, persuadé que j'étais de ne trouver aucune indication pour le
Gower Gulch loop, je nous ai alors entraîné dans le premier sous-Canyon
praticable qui se présentait... Mais dans un paysage modelé par le
ruissellement des torrents, ce genre de bifurcation est monnaie courante (je me
risquerai même à dire que ça doit être vaguement fractal), et je me gourai donc
lamentablement. Mais ce n'était pas forcément un mal puisque nous crapahutâmes
une heure et demie hors des sentiers battus, dans des rigoles rigolotes et
colorées.


C'est en revenant dans le Canyon principal que nous nous aperçûmes de ma
bévue et que les ennuis ont aussi commencé... Mon papa voulait continuer la
rando initialement prévue, mais moi j'avais un coup de barre et commençais à
être de franchement mauvaise humeur, traînant des pieds et avec une légère
barre sur le crâne, signes qui annonçaient une bonne migraine des familles (eh
oui, je suis le digne fils de mon père).
Nous quittâmes donc ce canyon pour se poser un peu dans la voiture, le temps
d'aller vers Badwater, le point le plus bas des États-Unis...

Eh oui, -86m, voilà qui ferait passer Jacques Maillol et Enzo Mallorca pour
des petits joueurs... Mais l'intérêt de ce lieu ne réside pas tellement dans
cette inhabituelle altitude, mais plutôt dans le paysage salé qu'il peut offrir
suite à la cristallisation du sel sur la boue accumulée en ce point le plus bas
de la vallée après une grosse pluie. Le genre de photo touristique que l'on
trouve ressemble pas mal à ça, mais
dans notre cas, la dernière pluie devait dater et le sel avait beaucoup trop
cristallisé... Quoi qu'il en soit, le lieux donnait quand même une idée de
l'enfer que devait être la traversée de cette vallée au 19e siècle, par 50
degrés à l'ombre...

Mais mine de rien, ce paysage lumineux ne fait rien pour arranger mon mal de
crâne qui commence à devenir pesant. De retour à la voiture, nous mangeons...
J'ai du mal à faire descendre...
La suite du programme était de monter à Dante's view, pic situé juste au
dessus de Badwater bassin, mais 1700 mètres plus haut... Nous voulons néanmoins
faire un crochet par la version US du Natural Bridge (il en existe une version
Australienne plus spectaculaire à mon sens), ainsi que par le golf du diable,
paysage de sel sculpté par le vent et la pluie... Le canyon de Natural Bridge
est sympa, mais le golf du diable, finalement, c'est à peu près la même chose
que Badwater, mais en moins bien, et à ce moment là, je commence à ne plus
supporter la lumière...

Mon état étant de pire en pire, nous décidons (ou plutôt, mon père décide)
de rentrer à l'hôtel plutôt que d'aller admirer le beau soleil couchant du haut
de la montagne... À ce stade là je suis au plus fort de la crise, nauséeux,
photophobe, et mon papa qui n'en mène pas large non plus depuis midi, va mieux
que moi, certes, mais n'est pas brillant non plus. Un arrêt salutaire à une
station essence pour acheter de la limonade (hors de prix) m'a permis de faire
passer la crise peu après avoir passé les dunes de Stovepipe Wells (dont je
parlerai après-demain).
Une bonne douche chaude et un repas plus tard, nous avons pu nous coucher
plus sereins, prêts à aborder la randonnée du lendemain... Mais cette fois,
c'est décidé, lestés d'un petit déjeuner chaud et consistant !