Ça y est, je l'ai enfin vue ! L'Amérique la vraie, celle dont on ne
parle que dans les histoires pour faire peur aux gauchistes, sur bravepatrie.com. Ami lecteur
accroche-toi ! Je sais bien qu'il y a de bonnes chances que tu fasses
partie de la racaille rose à pois rouges sus-citée, alors si tu croyais que
l'on racontait des histoire de Sarah Palin pour effrayer les hippies comme on
parle de la jeunesse à casquette pour aller faire voter aider mamie
tromblon à se prémunir, tu ne vas pas être déçu par cette anecdote
« finement nimbée de tendresse bucolique ».
En un mot comme en cent, âmes (ou pas) sensibles, abstenez-vous de lire ce billet. Et surtout ne le lisez pas avant ou après un repas, je suis sérieux !
Ce matin en devisant avec mes collègues autour du café de dix heures, je m'enquis de la mauvaise humeur de l'un d'entre eux. Il venait de passer par ce qui tient lieu de grand place à l'université de Berkeley : le Sproul Plaza, haut lieu de l'administration estudiantine, point de rencontre pour toutes les associations possibles et imaginables, plus ou moins communautaristes (du club de vol à voile, aux diverses associations ethniques, politiques et/ou religieuses... Les trois à la fois parfois), ainsi que de tous les prêcheurs mystiques de toutes confessions. Il y avait, paraît-il, des membres d'une association anti-avortement qui étaient présent, et il était frustré de ne pas avoir pu les insulter : on est en Amérique, on a le droit de s'exprimer sur tout, alors on est prié de respecter les idées (ainsi que la manière de les exprimer dans le cas présent) des autres.
Sans demander plus de détails sur ladite manifestation, je suis retourné à mon boulot, jusqu'à la pause de midi. En partant manger, je ne m'attendais pas vraiment à cela. Au lieu de me trouver face à trois pauvres grenouilles de bénitier distribuant des tracts que personne ne prenait, le choc fût rude : 3 grands panneaux (5mx3m) couverts de photos (grand format et saturation au maximum, vous aimez le rouge ?) de fœtus humains plus ou moins (plutôt moins, ça accroche plus l'œil un embryon en trois morceaux) bien conservés, mais indubitablement hors de la matrice nécessaire à leur bon développement, quelques comparaisons de bon goût que Godwin n'eût pas nié, et des photos du bouc émissaire du moment, encore un sale communiste (« si, si, j'vous jure, il veut réformer la couverture sociale ce bourreau de nos grands-mères » (c) S.P.), je vous le donne en mille : Barack Obama !
Et pour soutenir tout cela, toute une flopée de personnes de tous âges et de toutes origines...
Je n'ai pas, moi non plus, osé aller leur parler, par couardise peut-être, me réfugiant derrière le fait qu'ici, ce serait mal vu, que, l'anglais n'étant pas ma langue natale, je n'eusse pas su argumenter/insulter dans les règles de l'art(1), que ce n'étaient que des provocations réactionnaires dans un milieu assez furieusement démocrate et qu'il ne fallait donc pas céder à la tentation de la réponse et/ou de l'insulte... Et après avoir lu cette dépêche, je me suis dit qu'à défaut, je me passerai les nerfs dans ce billet.
Je vous avais prévenus. Et demain, s'ils sont encore là, je prendrai peut-être des photos pour les afficher sur le mur de la honte que sera devenu temporairement ce blog.
Sur ce je vais me coucher, en espérant ne pas faire trop de cauchemars... Pour conclure ce billet et fermer la boucle, je reprendrai cette citation célèbre de l'homme le plus classe du monde, Georges Abitbol : monde de merde !
(1) Il faut dire que, même dans la langue de Molière, je ne suis pas très doué à ce jeu non plus...